portail des écrivains indépendants

Puis-je enfin me consacrer à la Révolution numérique ?


faut-il des choses exceptionnelles pour vivre ensemble


LXXVIII L’anniversaire

Après son exigence en six mots « il faut que tu deviennes musulman », jamais je n’ai éprouvé l’envie de faire plaisir à Amina. Elle nous avait placés sous un couperet. Et avant, je n’en ai pas eu l’occasion. Je lui achetais des cadeaux uniquement pour éviter ses colères, toujours en traînant les pieds et en pensant cela totalement inutile, dérisoire face à son souhait de me transformer.
Jamais une femme avant elle n’avait souhaité ainsi me métamorphoser. Certes m’habiller mieux, me coiffer correctement, me raser…
J’ai donc "été surpris" par l’envie d’offrir à Sabine un véritable anniversaire. Des fleurs le matin sur la table… je m’étais levé la nuit pour en couper dans le jardin, le midi la boulangère nous amena des tropéziennes puisque comme moi elle les adore et ensuite je l’emmenais à Cahors pour une balade à trois sur le Lot, la rivière. Un truc de touristes, certes. Mais une petite chose que je n’avais jamais connue. Et je l’ai invitée au restaurant… pas pour ce que l’on pourrait y manger, je n’ai jamais compris cet attrait pour de la mauvaise cuisine alors qu’on peut en réaliser de la bonne chez soi mais juste parce qu’elle m’avait parlé de cette époque pas si lointaine où chaque samedi elle "sortait"… Quant au cadeau, je manquais certes d’entraînement pour être original mais le kindle rempli de ma centaine d’ebooks lui fit bien plus plaisir que le même objet certes vide "à l’autre."
J’avais hésité. Quelque part c’est ce kindle qui fut à l’origine de la disparition de Nadège avec le triomphe de Kader… mais oui « il nous faut vivre sans en vouloir aux objets innocents de la manière dont on les a utilisés. » Cette phrase, en lui exposant mes réticences dans ce choix, je l’ai considérée de bonne qualité, lui demandant même de la saisir pour s’entraîner à la prise de notes...

Ce soir-là pour la première fois nous nous sommes embrassés en dehors des instants d’union, et même en pleine lumière. Romain fut "bizarrement" un ange.

Elle me confia ensuite l’un de ses projets :
- J’y pense depuis un moment… j’avais 47 ans, j’en ai 48… le docteur est bien gentil de me reconduire en arrêts maladie mais ça ne durera pas… Je ne sais pas si je finirai mes jours avec toi… Mais si tu es d’accord pour penser que peut-être nous resterons ensemble au moins quelques années, j’envisage de vendre mon appartement là-haut car je n’aurai jamais la force d’y retourner, exit mon cher travail et je n’ai pas l’envie d’en chercher un autre. Avec cette vente, je peux largement tenir sans travailler jusqu’à la retraite, et il me restera même un petit capital pour le jour où je devrai trouver un appartement si l’on se sépare. Ou cet argent reviendra à Romain ! Nous vivons de peu et ce peu me suffit. Il ne m’aurait pas suffi à 30 ans mais je comprends ton choix de vie, ta volonté de dépenser le moins possible pour tenir avec les faibles revenus de tes livres. Donc voilà, si tu penses que la vie qu’on connaît depuis trois mois peut durer, si tu ne vois pas un truc que j’aurais oublié, je vais définitivement fermer la page du 9-3.

Pour ma part, je lui avouais avoir essayé de réaliser "un gros coup" : retrouver les cinq cents billets de cent euros que Kader doit bien avoir cachés par ici. Mais après avoir creusé partout où la terre semblait avoir été remuée, avoir retiré des dizaines de pierres de sa rénovation, rien. Absolument rien. Cette maison devrait bientôt être vendue et nous avons "logiquement" décidé de placer sur un compte bloqué au nom de Romain tout ce qui lui reviendrait.

Nous sommes presque "une forme de couple" même si Sabine conserve le statut d’hébergée à titre gratuit. Quant à la nature exacte de mes sentiments, je l’ignore. On croit qu’il faut des choses exceptionnelles pour vivre ensemble. Amina eut besoin d’une grande mise en scène pour franchir le cap mais un amour sans quiétude sombre rapidement. Alors qu’il faut surtout une volonté commune. Ce qui peut expliquer que les femmes et hommes n’étaient pas plus malheureux quand les parents les unissaient plutôt que de laisser des détails comme la longueur des cheveux ou la couleur des yeux orienter leur vie. Suis-je sorti de mon voyage au bout de la nuit ? Puis-je enfin me consacrer à la Révolution, numérique ?

UN AMOUR BETON



Noter votre commentaire



Voir sujet précédent du forum
Si vous souhaitez proposer votre présentation ou une analyse ? ENVOYER UN TEXTE à 1001ecrivains.com.